Wenshu, le temple retrouvé

Petit bout de Chengdu aujourd’hui !

Pour leur voyage sur les traces de Jen-i-kouan, mon arrière-petite-fille et son interprète Guoying avaient un emploi du temps très chargé. Guoying avait tout concocté, jusqu’à la visite du grand temple bouddhiste de Wenshu, dans le nord de ma ville de coeur.

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©Aurore Staiger

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©Aurore Staiger

Coup de chance, leur visite coïncidait avec une cérémonie annuelle de  » promotion  » de quelques moines :

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©Aurore Staiger

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©Aurore Staiger

Ce n’est qu’à son retour en France, en triant -encore – mes archives, que mon arrière-petit-fille étudia de plus près l’un de mes albums. Il contient cette petite photo :

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©Archives Albert Gervais

Pas de légende sinon « Les bonzes à la prière », je ne me rappelle plus si je l’ai prise ou si c’est un cadeau de l’un de mes compatriotes. Mais profitez pour observer la cour, les boiseries des portes… enfin un lieu à Chengdu qui n’a quasiment pas changé en 90 ans, dans ce monde de buildings où grouillent plus de 14 millions d’âmes !

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©Aurore Staiger

Sur l’Ombre du Ma-koui… et l’étrange Monsieur Smith !

Pour vous chers lecteurs, j’ai retrouvé dans ma correspondance une lettre que j’adresse à Mister Hamilton. Il est fondateur de la maison d’éditions anglaise Hamish Hamilton LTD, fondée en 1931 et rachetée par le mondialement célèbre groupe Penguin en 1986.

Alors qu’il espère recevoir bientôt mon troisième manuscrit, L’Ombre du Ma-koui, pour le traduire et le distribuer dans les contrées anglophones, je lui envoie quelques précisions sur l’ouvrage (excusez-moi pour les coquilles et fautes : ma machine à écrire n’était pas encore équipée de correcteur automatique) :

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©Archives Albert Gervais

Mais voici le plus intrigant :

Pour articuler tous les faits extraordinaires que j’ai pu compiler, vécus par moi-même ou certaines personnes de mon entourage, j’imagine une romance en guise de fil conducteur. Son héros se nomme Smith, un Irlandais employé des postes.

Mon arrière-petite-fille découvre alors durant son enquête que Smith n’est pas un personnage fictif.

Le bonhomme a existé !

Entre autres, il figure sur cette jolie photo de la société étrangère de Chengdu. Il est tout en haut à gauche (en noeud pap’).

Evidemment, je suis le seul flou, toujours la bougeotte ! Le beau jeune homme moustachu assis en bas à droite, c’est moi 🙂

Sinon, vous reconnaîtrez mon copain Morel – Arraud de son vrai nom – autre moustachu, plus ténébreux : rang du milieu, 7è en partant de la gauche.

Et juste à côté de lui en uniforme, notre consul Albert Bodard (enfin je crois bien, je reconnais ses lunettes).

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©Archives Albert Gervais

Je vous ajoute un zoom de la pomme de Smith, vu qu’il s’agit aussi d’un appel à témoins / gens qui peuvent trouver quelque chose sur lui / sur ses descendants s’il en a … Bref, merci pour lui, pour moi, pour cette histoire !

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©Archives Albert Gervais

L’ombre du Ma-koui

Puisque je vous ai fait une brève introduction sur ce qu’était le koui, voici le moment de vous parler de mon troisième livre : L’ombre du Ma-koui, paru chez Gallimard en 1936.

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©Archives Albert Gervais

Il est aussi paru au Royaume-Uni, en Allemagne, en Norvège, en Tchécoslovaquie, aux Pays-Bas et en Hongrie. Et peut-être ailleurs encore, je ne me rappelle plus…

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©Archives Albert Gervais

Ce livre n’est pas comme les autres. C’est un roman. La trame est imaginaire (enfin…. quoique). Elle raconte l’idylle entre un employé des postes, Monsieur Smith (le personnage a existé !!), un Irlandais très épris des sciences occultes du Sichuan, avec l’épouse de l’un des rares étrangers établis ici.

Cette intrigue sert de squelette à mon livre, en quelque sorte. Elle me permet de mettre en commun toutes les expériences surnaturelles qui m’ont été relatées par des personnes dignes de confiance de mon entourage, et certaines que j’ai moi-même pu vivre. L’ombre du Ma-koui traite de toutes les manifestations extraordinaires que j’ai pu répertorier.

En mise en bouche, un extrait de mon avertissement au lecteur :

L’observation scrupuleuse des faits qui se reproduisent dans des circonstances identiques permet d’établir la « loi scientifique », la grande vérité moderne, hors de laquelle sous le ciel d’Occident, il n’est point de salut. En fait, les civilisations européennes ne tolèrent plus qu’une seule connaissance : celle que nous donne la science. (…)

Dès qu’on aborde le problème de la connaissance, le désaccord commence entre l’Orient et l’Occident, il s’est peu à peu aggravé avec le temps pour aboutir de nos jours à une incompréhension à peu près complète. (…) Les transmissions de pensée, la lévitation, l’envoûtement, les guérisons miraculeuses, la souffrance, les maladies, la mort produites par la puissance de l’esprit, constituent un ensemble de phénomènes éminemment suspect aux Européens, nié par beaucoup, il reste pour les autres, entouré d’un épais brouillard. (…)

Pourtant au fin fond de la Chine, certaines choses ne sont pas encore explicables à travers le prisme du scientifique européen que je suis…

Il n’y a rien d’étrange dans la vie, il n’y a que des choses que nous ne comprenons pas.

Albert Gervais – L’ombre du Ma-koui – p°250

Je ne vous en dis pas plus, je ne voudrais pas gâcher le plaisir de votre future lecture 🙂

Le Koui

Qu’est-ce ? … me demanderez-vous.

Je serai amené à en parler souvent, donc je la fais courte.

Le koui est omniprésent dans mon modeste quotidien de médecin européen. Il confronte mon esprit scientifique occidental à la mystique de l’Est. Le koui est craint et respecté, il est primordial dans la vie du peuple du Sichuan. En voici ma vision :

Les chinois superstitieux vivent avec leurs morts, les esprits des parents décédés (Koui) tiennent dans leur vie une place prépondérante, la religion populaire, mélange de Bouddhisme dégradé, de Taoisme et de Confucianisme, les oblige à vivre dans un rapport constant avec l’esprit de leurs ancêtres, ils ne manquent jamais de les consulter pour tous les actes importants de leur vie. Ce sont les « koui » ou plus spécialement les sorciers chargés d’interpréter la volonté de ces êtres supra-terrestres qui établissent l’horoscope des enfants et des adultes et qui décèlent les « enfants trompeurs » destinés à une mort prématurée. Ils sont à l’origine de la plupart des maladies surtout des maladies mentales, ils sont la cause des grands fléaux, épidémies, inondations, famines, guerres, etc…., et ce que les Occidentaux appellent microbes, virus, toxines, n’est en réalité que le souffle empoisonné du « Ma-koui ». Méchants et cruels, ils peuvent être lubriques et sont accusés d’engrosser les filles, les veuves, les bonzesses cloîtrées et les concubines éloignées de leur mari. Ils sont là enfin à l’heure de la mort, guettant leur victime, et si le rituel compliqué des obsèques n’est pas scrupuleusement observé, de grands malheurs sont à prévoir pour l’âme du désincarné.

Albert Gervais – L’Ombre du Ma-Koui – p°8

Ainsi donc, mes patients expliquent leurs maladies et maux par les koui…

« heureux pays où les koui sont assez complaisants pour accepter le rôle ingrat de bouc émissaire ! »

Albert Gervais – Æsculape en Chine – p°81

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©Archives Albert Gervais